copyright bruant&spangaro

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gentil pas gentil méchant voire très méchant 1992 ©bruant&spangaro 2016
« [...] De fait, ces travaux rassemblent, d’une manière tendue et exigeante, tous les thèmes qui sont au travail dans la quête du duo bruant&spangaro depuis ses débuts. [...] il s’agit de ressusciter une sorte de comédie musicale au pedigree impossible à déterminer dont seuls ils détiennent le secret. Le terme « ressusciter » est ici approximatif, voire fautif ; en fait ces petits bals à la fois discrets et baroques ayant disparu, les artistes leur redonnent vie sous l’espèce de leur fantôme. De manière évidente, ces travaux éclairent des obsessions cardinales à leurs yeux, à savoir la hantise de la fin du mouvement, l’hypothèse du Golem, une pratique du souffle comme musique, entre transe soufie d’Alep et symphonie somnambulique de bouches, la croyance en un ésotérisme opératif, la ventriloquie comme moyen de l’occultisme, ou comment — et cela, Derrida l’a merveilleusement énoncé — les fantômes parlent par nos bouches.
Je désirais juste tracer quelques liens avec une poignée d’œuvres de Bruant&Spangaro et faire sentir comment Lucilocilanu et Vague scélérate apparaissaient comme des figures tutélaires de ces dernières.


Say Na Na Say, par exemple, installation sonore composée de pavots chantant et bruissant que j’avais eu la chance de pouvoir exposer dans Histoire de l’Infamie, à la Biennale de Venise et au Château de la Louvière, à Montluçon, en 1995. Nous retrouvons là les principes obsessionnels d’une muséographie de la vie et mort des sons, d’une invention de bouquets de sonorités et de gestes discrets. Cette sorte d’Ikebana chorégraphique, on en retrouve les traces dans l’incroyable chorégraphie donnée sur les bords de la Garonne au Printemps de septembre 2010. Toujours une comédie musicale constituée de son seul décor, ou le Bal d’Ettore Scola sans les acteurs, sans la musique de Cosma, juste composée de frissons des corps, de souvenirs des chansons tressés ensemble.
Pour ne pas être trop long quant à l’incontestable importance de jean-baptiste bruant et maria spangaro dans le panorama de l’art d’aujourd’hui, je pourrais dire simplement qu’ils sont, aux yeux de beaucoup, les plus évidents successeurs de personne et les inventeurs incontestables d’un genre qu’ils passeront leur vie à essayer, non pas de définir, mais de partager avec nous. »


"[...] Actually, in a tense and demanding way, they gather all the themes which have been brought into play since the beginning in the quest of Bruant&Spangaro. [...] the matter at hand is to revive a musical of some sort, whose origin remains elusive, and of which only Bruant&Spangaro hold the secret. In this respect, the word “revive” is quite vague, maybe even wrong; these subtle and baroque dances being gone, the artists bring them back to life as ghostly shapes. Very clearly, these works throw light on some essential obsessions to Bruant&Spangaro : the obsessive fear of the end of movement, the experience of breathing as music, between an Aleppo Sufi transe and a somnambulistic symphony of mouths, the belief in an operative esotericism, the ventriloquism as a means of occultism – in other words, how ghosts talk through our mouths, as Derrida brilliantly formulated it.
I just wanted to map out a few connections with some other works of Bruant&Spangaro in order to make clear how Lucilocilanu and Vague scélérate emerged as their tutelary figures. For example, Say Na Na Say, a sound installation made up of singing and murmuring poppies which I had been fortunate enough to exhibit in Histoire de l’Infamie at the Venice Biennale and at the Château de la Louvière of Montluçon in 1995. We recognize in it the obsessive principles of a museography displaying life and death of sounds, an invention of sonorities and subtle movements clustering together. We find again traces of this choreographic Ikebana in the amazing choreography action-ondulation carried out on the banks of the Garonne at the “Printemps” in September 2010. Again, a musical solely consisting of a setting, Le Bal of Ettore Scola without actors and without the music by Cosma, only composed of shivering bodies twisted together with memories of songs.
Since I don’t want to discuss at any greater length the undeniable significance of Jean-Baptiste Bruant and Maria Spangaro in art today, I would merely say that, for so many, they are the most obvious successors of no one and the indisputable inventors of a genre they will try their life long, not to define, but to share."